• Textes littéraires et siècles d'Histoire 5

    C- Les œuvres didactiques et morales d’inspiration religieuse :

    - Les sermons en prose dès le XIIe siècle :

    Les sermons ne furent guère rédigés en roman avant le XIIe siècle. Maurice de Sully, évêque de Paris de 1160 à 1196, est l’auteur de plusieurs sermons (en France, on retrouve une version latine de ces textes et une autre française dont il existe une quarantaine de copies). C’est cet auteur qui, en 1163, entreprit la construction de Notre Dame de Paris (construction qui devait durer jusqu’en 1260).

    Un autre sermon qui fut adapté de l’œuvre de Saint Augustin, datant du XIIe siècle, un commentaire sur le Psautier, dans lequel saint Augustin développe une philosophie qui se présente comme une transposition chrétienne de l’idéal platonicien, pour lui seule compte la vie intérieure et l’âme ne peut être sauvée que par la grâce. Ses pensées et sa rigueur ont beaucoup marqué la pensée médiévale.

    Vers le XIIIe siècle, les sermons sont toujours écrits en latin, le plus souvent traduits d’origine non latine. Vers 1260, le juriste Philippe Novare compose un traité de morale. La prédication se répand, surtout sous l’influence des frères mendiants, essentiellement les frères prêcheurs, c'est-à-dire les dominicains. A la fin du XIVe siècle et au XVe siècle, le grand prélat Jean Gerson (1363- 1428) pratique l’art de la prédication en latin, et il mène ce type de littérature à son apogée. En langue romane, la prédication est restée essentiellement orale durant tout le moyen Âge.   

    - Les sermons en vers et les poèmes au XIIe Siècle :

    L’homélie ou le sermon de Jonas (fin du Xe siècle) est l’un des plus anciens textes littéraires, il s’agit d’un commentaire (essentiellement en latin) du poème biblique de Jonas. Mais le mot « sermon » a servi à désigner toutes sortes de poèmes édifiants, exemples, traités et discours moraux. En fait, toute cette production a pour but d’exhorter le chrétien à faire le bien ; seuls procédés, plus ou moins littéraire variant d’une œuvre à une autre. Les vers de la mort, est un poème du moine Hélinand de Froidmont vers 1195, il apparait comme une œuvre exceptionnelle (le poète envoie la mort saluer ses amis d’autrefois afin qu’elle les épouvante pour qu’ils prennent conscience des vanités de ce siècle et qu’ils adoptent une vie simple et pieuse). Une série d’évocation surprend aujourd’hui encore par son lyrisme, la rigueur de son style et la richesse de son imagination.

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    A la fin du XIIe siècle, le livre des manières d’Etienne de Fougères (évêque de Rennes) inaugure un genre nouveau : les « états du monde ». Ce genre « les divers catégories » ou « estats » de la société, est un véritable réquisitoire lancé contre les vices du siècle. Dans cet ouvrage, ce constat est orienté vers la chevalerie en lui rappelant sa mission d’être : le bras de l’Eglise et de défendre l’opprimé. On peut parler d’une véritable « littérature des états du monde » tant ces textes se multiplient.

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    Le motif de la quête a servi de support littéraire à un grand nombre de poèmes édifiants. Ainsi Barthélémy, appelé le « reclus de Molliens » (reclus, c'est-à-dire « ermite » à Molliens en Picardie), parcourt le monde à la recherche de la charité. Dans son roman « Carité », l’auteur fouille partout, mais « Charité » demeure introuvable, même à la cour de Rome. Il dénonce l’omniscience du mal dans un beau poème, le Miserere au milieu du XIIIe siècle.

    Le voyage est un procédé souvent utilisé par les auteurs. Le premier est le voyage ou la navigation de Saint Brendan (début du XIIe siècle). Cette œuvre attribuée à un certain Benedict raconte le voyage au Paradis et en Enfer de Saint Brendan, elle est inspirée d’un récit latin en prose et tient à la fois du roman, de la vie des saints et du poème édifiant. Dans son songe d’Enfer (vers 1210), Raoul Houdenc ajoute le procédé du « Songe » au thème du voyage. Il s’agit cette fois encore d’une visite aux Enfers. La fiction du songe lui permet de donner une portée satirique à son œuvre, et de mieux en faire percevoir la « senefiance », c'est-à-dire le sens profond.