• Textes littéraires et siècles d'Histoire 4

    B- Les œuvres dramatiques d’inspiration religieuses :

    - Origine liturgique :

    Au IXe siècle, on rencontre pour la première fois de courts chants explicatifs appelés « tropes » utilisés dans les textes religieux. Parfois ces chants sont formés de questions et de réponses illustrant l’évangile : ils constituent un embryon de dialogue dramatique, ainsi, le théâtre prend naissance à l’intérieur de l’église. Dès le début du Xe siècle, des scènes mimées sont chantées en Latin à l’occasion des fêtes de Noël ou de Pâque : ce sont les premiers drames liturgiques qui permettent aux fidèles de mieux saisir la portée de la leçon enseignée. Composés par des religieux, ces drames sont d’abord écrits en Latin, puis en « latin farci » qui sert de passage en langue vulgaire, tel le cas du « drame de l’époux » (vers 1100). A partir de 1120, ces premières œuvres dramatiques appelées « jeux » se multiplient, elles se produisent sur le parvis des églises.

    Lors des fêtes religieuses, on célèbre un Saint, par exemple, le jeu de Saint Nicolas, qui met en scène plusieurs épisodes de la vie du Saint : il s’agit d’une transposition dramatique d’un récit hagiographique. Le chef d’œuvre « du genre » est assurément le jeu d’Adam, drame liturgique datant du milieu du XIIe siècle et composé en langue vulgaire (un dialogue qui met en scène la chute d’Adam et d’Eve, puis le meurtre d’Abel par Caïn), illustrant ainsi un passage de la genèse. C’est à partir de ce jeu que les dialogues sont parlés et non plus chantés : il s’agit véritablement d’une forme de théâtre et l’auteur donne des indications scéniques.

    - Les miracles dramatiques :

    A la fin du XIIe siècle et au début du XIIIe siècle, les confréries d’acteurs amateurs se multiplient. Se développe à l’époque le genre du miracle qui décrit l’intervention d’un Saint dans la vie de ses fidèles. Le miracle a pour but de montrer que le Saint (souvent Marie la vierge) est fidèle à ceux qui lui sont dévoués. Le drame de « la Résurrection » est un exemple d’œuvre fort intéressante par les renseignements qu’elle fournit sur la mise en scène même si elle est incomplète. La forme de la représentation change : le décor juxtapose plusieurs lieux, ses dimensions obligent à sortir de l’église et jouer sur le parvis.

    Deux auteurs témoignent du vif goût de l’époque pour les œuvres dramatiques d’inspiration religieuse : il s’agit de Jean Bodel (un jongleur et auteur dramatique qui a laissé une œuvre très variée). Le jeu de Saint Nicolas, mais il devint plus tard un auteur épique avec la chanson des Saisnes qui raconte la guerre menée par Charlemagne contre le roi Saxon. Cet auteur a su manier le ton épique, le registre comique (avec les fabliaux : courts récits où le réalisme le dispute à la force comique), et développer le lyrisme le plus émouvant avec « ses Congés » (1ère œuvre de ce genre) où les prières alternent avec les regrets. 

    L’auteur fait d’émouvants adieux à ses amis et au monde en 1202 lorsqu’il apprit qu’il était atteint de la lèpre. Rutebeuf, surnom pour : « Rude bœuf » né en 1230 et mort en 1285, jongleur, c'est-à-dire homme de spectacle, mais aussi auteur de textes variés. Il a écrit de nombreux « dits » (petites pièces sur un sujet familier ou d’actualité) qui le rendirent célèbre car c’est un poète attentif à la condition humaine, il défend les causes justes. C’est l’auteur d’un monologue dramatique « Dit de l’Herberie », œuvre plaisante où le jongleur énumère les bienfaits imaginaires d’une herbe extraordinaire.

     

    Enfin, on lui doit quelques fabliaux comme Frère Denise (une jeune fille se déguise en religieux pour retrouver son ami dans un monastère).

     

    Texte denise

     

    - Evolution du théâtre religieux au XVe siècle : les mystères 

    Parmi les spectacles religieux, « le mystère » connaît un grand succès au XVe siècle. Le terme « mystère » a une origine latine « ministerium » signifiant « organisation » et plus tard « représentation ». Alors que les drames liturgiques, véritables prolongements du culte, présentaient la nativité du Christ (office de Noël) et la Résurrection (office de Pâque), c'est-à-dire les extrémités de la vie du Christ, le mystère, lui, a pour sujet la passion du Christ. Les auteurs remontent souvent à la naissance du Christ et au péché originel pour expliquer le sens de la passion. C’est cette histoire que le mystère retrace. Les plus anciens mystères sont : la passion du Palatinus (XIVe siècle), la passion de Semur, la passion d’Autun, la passion d’Arras. 

    Le chef d’œuvre du genre est le mystère de la passion (ou passion de Paris) du poète et musicien Arnoul Gréban, mystère qui fut joué à Paris en 1452 par 200 acteurs. Les mystères sont joués sur les parvis des églises par des jongleurs, souvent des amateurs, citoyens de la ville, participaient à la représentation. Les scènes frappaient l’esprit des spectateurs et faisaient naître une intense émotion. La pièce, elle-même, tient compte de cette dimension sociale, elle célèbre les valeurs communautaires (solidarité, loyauté…).

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