• Textes littéraires et siècles d'Histoire 3

    2- La littérature d’inspiration religieuse :

    La culture médiévale est essentiellement religieuse. Elle est la première à voir le jour avant le XIe siècle, l’activité littéraire est l’apanage des seuls milieux (l’Eglise), il est naturel que, dans ces conditions, l’église se charge de donner l’instruction. C’est ainsi que les premières œuvres, toutes imprégnées de la pensée, de la parole et de la poésie du christianisme, paraissent rédigées en latin. Après le Xe siècle, elles le seront en langue romane « rustique ».

    Nous y trouvons des traités de Théologie et des sermons aux côtés d’une littérature latine du Moyen-Âge fort importante. Rappelant le c’est dès la fin du XIe siècle que les œuvres littéraires en langue vulgaire, c'est-à-dire écrite dans la langue parlée couramment entre les habitants, font leur apparition. La France est alors divisée en deux grandes régions linguistiques comprenant un nombre de dialectes de l’Ile de France où on parlait le Français, ou plus justement le francien, qui l’emportât par la suite sur les autres, car c’est dans cette langue que furent par la suite écrites la majorité des œuvres. Les premiers genres littéraires sont purement et proprement religieux (récit, théâtre, contes pieux), puisqu’il s’agit de traduction et d’adaptation en prose ou en vers de l’ancien et du nouveau testament et des évangiles.

    a- Œuvres narratives d’inspiration religieuse :

    - La vie des saints (récits héliographiques) :

    Dès le IXe siècle, les vies des saints, rédigées en latin, constituent une littérature très abondante, elles recommandaient cependant d’utiliser le roman, c'est-à-dire la langue vulgaire, dans l’écriture des sermons en 813, ce qui favorise la rédaction des premiers récits de vie des saints, servant à l’édification du peuple. La Cantilène de Saint Eulalie écrite vers 880 est l’œuvre littéraire en langue romane la plus ancienne.

    Au Xe siècle la vie du saint Léger est encore très fortement inspirée de son modèle latin, mais au milieu du XIe siècle, la vie de saint Alexis pouvait être considérée comme une véritable création littéraire. Le succès des vies de saints ne cesse de croitre tout au long du moyen âge avec la vie de saint Foy et la vie de saint Boèce. Au milieu du XIe siècle, les vies de saints se multiplient, des recueils se constituent et l’héliographie devient un mode d’écriture caractéristique de l’époque.

    - Les exemplas et les contes pieux au XIIIe Siècle :

    Les exemplas sont des récits insérés dans les sermons à des fins didactiques : ils ont été parfois regroupés dans des recueils qui eurent un grand succès comme en témoignent les manuscrits qui les ont conservés. Jacques de Vitry en utilisa beaucoup au début du XIIIe siècle dont les sermons vulgaires. Nicol Bozon composa des contes moralisés, l’avantage de l’exemplum correspond chez l’homme du Moyen-Âge à une volonté d’illustrer tout enseignement au lieu de chercher à transmettre une morale abstraite. L’auteur préférait raconter une histoire édifiante de cette façon car l’auteur retient mieux la leçon, les exemplas sont souvent des récits inspirés de la vie des pères, « la première version est apparue vers 1230 puis s’est enrichie vers 1250 », devenant des contes dogmatiques traduits du latin du IVe siècle.

    Malgré leur style parfois lourd d’inspiration, ils ont été la source de quantité de contes pieux isolés tel que « Le chevalier au Barizel » : le conte le plus célèbre au XIIIe siècle et qui illustre le motif de la quête.

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    - Les miracles narratifs :

    Le miracle narratif s’inspire principalement de la dévotion à la vierge Marie. A ce titre, il s’inscrit dans une conception religieuse tout à fait caractéristique du Moyen Âge : promettre de servir Dieu ou la vierge est un acte qui, dans l’esprit de l’homme médiéval, engage obligatoirement une contrepartie divine. Le miracle rend compte de cette réciprocité, c'est-à-dire des interventions salvatrices de marie. Il faut savoir que le culte marial occupait au XIIIe siècle une place très importante dans le sentiment religieux. Saint Bernard de Clairvaux en avait été l’instigateur (1090-1153), il affirmait que la prière unissait à Dieu.

    Dans ses nombreux ouvrages, la vierge marie était représentée comme la « médiatrice », celle qui intervient auprès de Dieu en faveur de l’homme. La structure générale du miracle est la suivante : Marie intervient pour sauver un criminel qui lui a toujours témoigné sa dévotion ou qui se repend après son forfait. Le ressort du miracle est donc de montrer au public que la vierge est fidèle envers ceux qui l’honorent, mais aussi accessible au repentir même tardif.      

    Gautier De Coincy (1177-1236), conteur habile et savant versificateur, clerc du début du XIIIe siècle, nous a laissé quelques discours et poèmes pieux, ainsi que deux recueils comprenant les Miracles de notre Dame et commençant par sept chansons composées en l’honneur de la vierge. Ces chansons auront une influence décisive sur la poésie mariale du XIIIe siècle. Les œuvres de cet auteur ont inspiré des poètes talentueux tel Rutebeuf dans Le miracle de Théophile qui date probablement de 1261. Le miracle de Saint Théophile raconte la révolte de Théophile, injustement privé de sa charge par son Evêque. Théophile se lamente mais Dieu ne l’écoute pas, l’amertume le pousse à la révolte « Dieu m’a fait du mal, je lui en ferai » : il vend son âme au diable par l’intermédiaire du magicien Salatin, et retrouve rapidement richesse et prospérité. Il devint méchant, quand brusquement, il est pris de remords, il se tourne vers la vierge qui le délivre de l’emprise de Satan, en accomplissant le miracle.

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